dimanche 31 décembre 2017

Vœux pour l'an nouveau

Au moment de s'embarquer dans le nouveau millésime...
TOUS NOS VŒUX POUR UNE
EXCELLENTE ANNÉE 2018!
Jan Brueghel l'Ancien, Port de mer avec la prédication du Christ (détail)  © Alte Pinakothek Munich

samedi 16 décembre 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 18 décembre 2017
16h-18h
L'invention de la bibliographie et les voyages littéraires
en France, XVe-XVIIIe siècle (3)
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études

Évangéliaire d'Ébon (Bib. Épernay, ms 1)
Il faut le reconnaître, lorsque l'on s'intéresse à l'histoire du livre et des bibliothèques: voyager à la suite de nos «deux bénédictins de la Congrégation de saint Maur» (et de certains de leurs confrères) à l’aube du XVIIIe siècle nous permet de faire bien des découvertes fortuites trois cents ans plus tard, en notre aube du XXIe siècle.
C'est ainsi que nous traversons la Brie (Meaux), puis la Champagne, pour gagner la Lorraine. Certes, les deux Mauristes ne virent «rien de considérable» à Épernay ni dans les environs, et pourtant la bibliothèque de cette ville conserve bien, aujourd’hui, le spectaculaire Évangéliaire d’Ébon, copié au IXe siècle et dont le style des peintures touche réellement au sublime. Il s'agit d'un manuscrit ayant très probablement appartenu à la bibliothèque impériale d'Aix-la-Chapelle. 
Ne nous arrêtons pas à Reims, où les voyageurs visitent notamment l’abbaye de Saint-Rémy, avec la «meilleure [bibliothèque] qui soit dans la ville». À Châlons, l’évêque se confond en amabilités: il se trouvait
dans son séminaire, où il faisoit faire une retraite à ses curés. Il nous témoigna beaucoup de bonté, nous introduisit sur l’heure dans sa bibliothèque, nous fit voir ses manuscrits & nous rendit maîtres de tout.
…. Mais il n’en va pas de même avec le chapitre, où l’on fait les plus grandes complications aux deux chercheurs pour avoir accès aux documents :
Nous tachâmes après d’avoir entrée dans les archives du chapitre. On nous l’accorda enfin, après de grandes instances, avec assez de peine; mais d’une manière qu’on auroit mieux fait de nous la refuser: car on nous donna quatre chanoines, plutôt pour nous obséder que pour nous accompagner, qui ne nous permirent pas de rien écrire. On se contenta de nous renvoyer à un ancien chanoine, appelé Monsieur de S. Rémy, qu’on disoit avoir beaucoup travaillé sur l’histoire de Châlons, & qui pouvoit avoir été assez habile. Mais il étoit si vieux qu’il commençoit à radoter…
Bref, il sera impossible de rien tirer des chanoines, et de leurs fonds.
Mais nous arrivons à Verdun, dont la mémoire est aujourd’hui écrasée par les tragiques événements de la Première Guerre mondiale. Pour nos Mauristes, la ville offre évidemment l’occasion d’une visite à la maison mère des Vannistes, l’abbaye de saint Vanne (ou Venne). La magnifique bibliothèque est en partie conservée, et elle a fait l’objet d’une description très précise, par dom Pierre Le Court, dans son Histoire de l’abbaye désormais disponible en ligne (ms 431. La bibliothèque figure au f. 381 et suiv.). Les détails sur l’aménagement du local sont tout particulièrement intéressants, même si ces aménagements sont postérieurs d’un demi-siècle au passage des deux chercheurs.
Après Verdun, les Bénédictins viennent à Metz, et ils visiteront encore Pont-à-Mousson, avant d'arriver à Saint-Mihiel.
Nous n'hésitons pas à avouer que la bibliothèque de Saint-Mihiel reste pour nous une découverte. La ville, qui tient le passage de la Meuse en amont de Verdun, s’est surtout développée à compter du VIIIe siècle, à partir de la fondation de l’abbaye éponyme, «la plus illustre et l’une des plus anciennes de toute la Lorraine». Lorsque les Mauristes y arrivent, un millénaire plus tard, ils admirent:
La bibliothèque est une des plus belles & des meilleures qu’on puisse voir en province. Elle contient un très grand nombre de livres imprimez, & quelques manuscrits, parmi lesquels nous trouvâmes un très beau pseautier écrit en grec, & un Alcoran écrit en lettres d’or.
Cette bibliothèque a été réaménagée en 1775, et elle est toujours conservée in situ.
Les Bénédictins de Saint-Mihiel
Ce blog a à plusieurs reprises fait référence au concept de «paysage culturel». Même sans parler des frontières, notre géographie politique et administrative actuelle a un tel poids que le «paysage» historique tend à s’estomper, et cela d'autant plus que, par ailleurs, l'attraction parisienne devient de plus en plus forte. Et pourtant, nous sommes, en Champagne du nord comme en Lorraine, au cœur de l’ancien pays carolingien, au sein duquel l’hydrographie peut fournir un élément de compréhension (une carte ici):
-à l’ouest, les rivières du bassin de la Seine, avec l’Ornain (Bar-le-Duc), affluent de la Marne (Châlons, Épernay, Meaux).
-à l’est, les fleuves et rivières orientés vers le nord, autour de la Meuse (Verdun, Saint-Mihiel, Commercy) et de la Moselle (Trèves, Metz, Toul) –c'est, d'une certaine manière, la géographie la plus ancienne s'agissant d'histoire du livre. Metz est un évêché depuis la fin du IIIe siècle, et elle est capitale du royaume d’Austrasie, le plus puissant des royaumes mérovingiens, à la fin du VIe siècle. Les grandes maisons religieuses fondées ou soutenues par les souverains, y compris plus tard, à l’époque carolingienne, expliquent la richesse de bibliothèques à la découverte desquelles les Mauristes sont partis.
Ce paysage culturel n’a été que très lentement intégré par le royaume de France (on pensera encore au problème posé par la Bourgogne au XVe siècle). Sa généalogie renvoie à une géographie toujours présente, même si en partie effacée.
Pour conclure, et en faisant référence à la récente journée d’études consacrée par la BnF à l’histoire des bibliothèques, nous ne pouvons que le dire à nouveau avec force: voici, trop souvent ignoré, un patrimoine livresque réellement irremplaçable –d’autant qu’il ne se limite pas aux seuls livres, mais qu’il intègre aussi des espaces, du mobilier, et une partie de la mémoire collective. Mais ce patrimoine, il faut savoir le lire pour pouvoir le donner à comprendre et pour pouvoir le transmettre. Nous sommes devant un véritable enjeu de citoyenneté: il nous faut des experts, formés pour conserver les pièces, les analyser et les mettre à la disposition des chercheurs, mais des experts qui sachent aussi les «valoriser» pour rendre intelligible au plus grand nombre tout ce qu’elles peuvent représenter et signifier.

Lieu:
École pratique des Hautes Études, IVe section,
54 boulevard Raspail,
75005 Paris (premier sous-sol, salle 26).
Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

mercredi 13 décembre 2017

Journée d'étude sur l'histoire des bibliothèques

Les Ateliers du livre, histoire des bibliothèques

Bibliothèque nationale de France,
site François Mitterrand
Jeudi 14 décembre 2017 - 9h30-17h30
Petit Auditorium - Entrée libre

Bibliotheca Garellia, au Theresianum de Vienne, 1777

L’histoire des bibliothèques: état de la recherche (2)

«Où en est la recherche sur les bibliothèques»? Sept ans après le premier atelier du livre consacré au sujet, en 2010, la Bibliothèque nationale de France, en partenariat avec l’École nationale des chartes et avec l’enssib, se propose de faire un nouveau point d’étape et de donner à voir un «instantané» de la recherche sur l’histoire des bibliothèques aujourd’hui.
En effet, dans un contexte marqué par le développement ininterrompu des nouvelles technologies, et notamment du numérique, il semble particulièrement pertinent de réfléchir à l’histoire de ces institutions millénaires et à leur continuité.
Sur un plan scientifique, l’histoire des bibliothèques peut être perçue comme une branche de l’histoire du livre, domaine pluridisciplinaire par excellence, qui évolue en élargissant sans cesse son périmètre de recherche vers d’autres thématiques. L’histoire des bibliothèques publiques et privées rencontre de plus en plus celle d’autres institutions comme les archives ou les musées. Elle étend son champ d’investigation à l’histoire de la lecture, aux transferts culturels, aux programmes architecturaux, aux pratiques professionnelles ou encore aux représentations symboliques et imaginaires auxquelles ces institutions peuvent être associées dans la mémoire collective.
Tout au long de cette journée d’étude, des chercheurs, enseignants, doctorants, des historiens et des bibliothécaires présenteront de manière synthétique le dernier état de leurs travaux. L’année 2017 ayant été riche d’expositions consacrées aux bibliothèques, des «focus» sur certaines d’entre elles permettront aussi de revenir sur les actions menées et d’en dresser le bilan.

Programme
9h30-10h     Ouverture de la journée, par Sylviane Tarsot-Gillery, directrice générale de la BnF; Yves Alix, directeur de l’enssib; Christine Bénévent, professeur d’histoire du livre et de bibliographie à l’École des chartes

10h-10h10     Introduction à la recherche sur l’histoire des bibliothèques médiévales, par Donatella Nebbiai, directrice de recherche au CNRS
10h10-10h30  Les bibliothèques privées en France et en Italie à la fin du Moyen Age (fin XVe-début XVIe), par Anne Tournieroux, chercheur associée au Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris
10h30-10h40   Introduction à la recherche sur l’histoire des bibliothèques au XVIe siècle, par Christine Bénévent, professeur d’histoire du livre et de bibliographie à l’École nationale des chartes
10h40-11h00   Les livres scientifiques dans les bibliothèques parisiennes au XVIe siècle, par Alissar Lévy, élève de 3e année à l’École nationale des chartes
11h00-11h20   Questions et pause
11h20-11h50   Focus sur une exposition: «Une renaissance en Normandie: Georges d’Amboise, bibliophile et mécène» (du 8 juillet au 22 octobre 2017, Musée d’Art, histoire et archéologie d’Évreux), par Maxence Hermant, conservateur au département des Manuscrits de la BnF
11h50-12h10   Livre religieux et société au Mans, des Guerres de religion au XVIIIe siècle, par Tiphaine Foucher, élève conservateur à l’enssib

14h00-14h30   Archives en bibliothèques: pratiques bibliothécaires et savantes aux 17e et 18e siècles, par Emmanuelle Chapron, professeur des universités, histoire moderne, Aix Marseille Université
14h30-15h00   Une histoire des bibliothèques à travers leurs décors (1627-1851), par Frédéric Barbier, directeur de recherche au CNRS, directeur d’études à l’EPHE (conférence d'Histoire et civilisation du livre)
15h00-15h30   Dernières nouvelles d’Antoine-Alexandre Barbier: recherches en cours sur les bibliothèques des palais de la Couronne au XIXe siècle (1800-1870), par  Charles-Eloi Vial, docteur en histoire, conservateur au département des Manuscrits de la BnF
15h30-16h00   Questions et Pause
16h00-16h30   Focus sur une exposition: «De Genève à Reims, la collection Louis Dumur (1863-1933)» (du 16 septembre 2017 au 6 janvier 2018, Bibliothèque Carnegie de Reims), par Sabine Maffre, conservatrice des bibliothèques, directrice de la bibliothèque Carnegie de Reims (sous réserve)
16h30-16h50   La Bibliothèque a-t-elle un genre? Questions de genre et de sexualité dans les systèmes d’indexation à la BnF: un espace de recherche à déployer, par Florence Salanouve, conservatrice des bibliothèques, Université de Nice Sophia Antipolis et chercheuse associée à la BnF, département Philosophie, Histoire, Sciences de l’homme, service Sciences Sociales
16h50-17h     Questions
17h     Conclusion de la journée, par Frédéric Barbier

samedi 9 décembre 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 11 décembre 2017
16h-18h
L'invention de la bibliographie et les voyages littéraires
en France, XVe-XVIIIe siècle (2)
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études

Saint-Germain-des-Prés
L’émergence de la «science des livres» s’articule avec le processus de reconfiguration épistémologique engagé depuis le premier tiers du XVIIe siècle, et qui concerne non seulement la bibliothéconomie moderne (celle de Gabriel Naudé), mais aussi la critique des textes, la diplomatique et les sciences auxiiaires de l'histoire, sans oublier l'histoire du livre: à l’époque de la Contre-Réforme, il s’agit de répondre à l’érudition et à la pédagogie moderne développées dans le monde protestant.
On pense aux jésuites ou à leurs élèves, à Antonius Sanderus (1586-1664) ou encore à Jean Bolland (1596-1665). On pense aux Vannistes en Lorraine (du nom de l’abbaye de Saint-Vanne à Verdun) et à leur fondateur, dom Didier de La Cour (1550-1623) en 1604. Mais on pense surtout, dans le royaume de France, à la nouvelle Congrégation fondée par les Bénédictins à Paris, approuvée par le roi en 1618 et autorisée par le pape en 1621: celle des Mauristes, dont l’objet est, comme à chaque fois, de réanimer la règle initiale de saint Benoît. Ce souci de revenir aux origines se traduit implicitement par le souci de développer la recherche historique. Les Mauristes vont très vite s’orienter vers ce troisième point, notamment sous l’impulsion de leur général dom Grégoire Tarrisse (de 1630 à 1648). Ils compteront plus de 190 maisons à la fin du XVIIe siècle, en particulier dans le nord, l’ouest et le centre du royaume.
La Congrégation est organisée en six «provinces»: France (Île-de-France), Normandie, Bretagne, Chezal-Benoît, Bourgogne et Toulouse. À compter de 1631, la tête est à Saint-Germain-des-Prés. Comme un certain nombre des plus anciennes abbayes du royaume adhère à la Congrégation, celle-ci dispose souvent de très riches bibliothèques: ainsi de Saint-Germain des Prés (dirigée d’abord par dom Luc d’Achery), mais aussi de Saint-Denis, de Corbie (dont les fonds sont en partie déplacés à Paris), de Saint-Rémy de Reims, de Saint-Benoît s/Loire, de Chezal-Benoît, de Saint-Vincent (au Mans) ou encore du Mont-Saint-Michel.
Les devoirs des Mauristes concernent d’abord la formation des jeunes gens, avec une attention spécifique donnée à la philosophie, à la théologie, aux sciences humaines et au chant. S’agissant de ce que nous appellerions la recherche proprement dite, leurs thèmes privilégiés sont l’histoire de l’Église, l’histoire de l’ordre des Bénédictins, les textes sacrés et les vies de saints. Ce travail est organisé dans les différentes maisons, mais il s’opère en réseau à partir de Saint-Germain-des-Prés: les Mauristes se fondent d’abord sur leurs propres collections, puis ils entreprennent d’explorer celles des autres maisons, ils entretiennent une très vaste correspondance savante (souvent en latin), et ils finissent par organiser de véritables missions de recherche sur place, mission dont un certain nombre fait l’objet de publications. La plus connue est celle de

dom Edmond Martène, dom Ursin Durand,
Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur. Où l’on trouvera: I. Quantité de pièces, d’inscriptions et d’épitaphes servantes à éclaircir l’histoire & les généalogies des anciennes familles. II. Plusieurs usages des églises cathédrales et des monastères touchant la discipline & l’histoire des églises des Gaules. III. Les fondations des monastères, & une infinité de recherches curieuses et intéressantes qu’ils ont faites dans près de cent évêchez & huit cent abbayes qu’ils ont parcouru. Ouvrages enrichi de figures. Première [seconde] partie,
À Paris, chez Florentin Delaulne, Hilaire Foucault, Michel Clouzier, Jean Geofroy Nyon, Estienne Ganeau, Nicolas Gosselin, MDCCXII [1717]-MDCCXXIV [1724], Avec approbation et privilège du roi, 3 vol., 4°.
La conférence interrogera ces sources à nouveaux frais pour en tirer une approche des bibliothèques des maisons religieuses, des grandes églises et de certains particuliers en France, dans les «anciens Pays-Bas» et dans une partie des pays germanophones au tournant des années 1700.


Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

mercredi 6 décembre 2017

Soutenance de thèse de doctorat

 Avis de soutenance de thèse de doctorat

Monsieur Qinghua LIU
soutiendra publiquement ses travaux de thèse intitulés
Missions et chrétientés en transition:
la paroisse urbaine de Pékin au XVIIIe siècle

Les travaux ont été dirigés par Monsieur Jean-Robert Armogathe

La soutenance est prévue pour le
vendredi 08 décembre 2017,
à 9h00

Lieu : Maison des Sciences de l'Homme, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris,
salle EPHE AS1-09 (1er sous-sol, salle 9)

Jury
MM Jean-Robert ARMOGATHE, École Pratique des Hautes Études, directeur de la thèse
Luca GABBIANI, École française d’Extrême-Orient, pré-rapporteur
M. Vincent GOOSSAERT, École Pratique des Hautes Études, examinateur
M. Nicolas STANDAERT, Université catholique de Louvain, pré-rapporteur
 
Résumé :
Ce travail présente une histoire sociale de la paroisse du Beitang à Pékin.
La première partie montre l’évolution de la paroisse, depuis son émergence en 1688 dans la Cité impériale à sa fermeture en 1827. Après avoir rappelé les services rendus à la Cour par les jésuites suivant leurs divers «métiers», nous avons analysé la situation des jésuites de Pékin après 1773, au moment de la crise de la Compagnie en Europe et en Chine.
Les lazaristes arrivèrent en 1785 dans une situation de chaos où se trouvaient les jésuites et leur succédèrent à la Cour des Qing. À la suite des révoltes et des crises de l’Empire, l’état de la mission à Pékin devint de plus et plus fragile, et se posa alors le problème du maintien des chrétientés fragmentées avant l’expulsion des lazaristes par l’empereur mandchou.
La seconde partie illustre la constitution d’un réseau, d’une structure et de la vie religieuse d’une paroisse urbaine. En mettant en lumière la coopération de tous les membres de la paroisse, on voit comment cette communauté a pu établir et maintenir une église, une maison charitable et un séminaire dans la société locale. On y voit une religiosité chrétienne sous une forme française; mais d’autre part, elle rejoint également la tradition des diverses religions chinoises.
Nous avons présenté les formes de la piété, les missionnaires, les procureurs, les clergés indigènes et les laïcs dans toutes leurs fonctions pour former une paroisse active au centre ville, dans l’exercice de sa vie religieuse. Avec une liste des livres sacrés et livres de morale chrétiens de langue chinoise, les confréries et les laïcs jouèrent un rôle important dans cette vie, dans le contexte de la Révolution française où le nombre de missionnaires envoyés en Chine était particulièrement réduit.
Communiqué par Monsieur Liu.

samedi 2 décembre 2017

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études, IVe section
Conférence d'histoire et civilisation
du livre

  Lundi 4 décembre 2017
16h-18h
L'invention de la bibliographie et les voyages littéraires
en France, XVe-XVIIIe siècle (1)
par
Monsieur Frédéric Barbier
directeur d'études


Depuis l’Antiquité, l’accumulation et la conservation des savoirs sont assurées par le recours à l’écrit, puis à l’imprimé (ce sont les «garde-mémoire» de Régis Debray). Ces artefacts, contre lesquels s’élevait Platon, fonctionnent comme des prothèses de la mémoire, mais ces prothèses ont aujourd'hui pris une telle importance qu’elles ont fondé de nouveaux domaines scientifiques (les sciences de l’information et de la communication). On estime que la masses de informations produites en un délai de deux ans équivaut au double de celles créées depuis les origines de l’humanité. La croissance exponentielle des «big data» donne une puissance insoupçonnée à ceux qui peuvent les maîtriser, mais elle suppose aussi que des instruments d’analyse adaptés soient mis en place.
Ces phénomènes qui changent ainsi de dimension, et de nature, ne sont pour autant pas nouveaux. Si des outils ont été progressivement élaborés pour collecter et pour exploiter les informations disponibles (le modèle fondateur est en Occident celui de la bibliothèque d’Alexandrie), ils ont dû s’adapter au changement d’échelle imposée par la révolution gutenbergienne au milieu du XVe siècle, tandis que le XVIIIe siècle les a introduits en tant que tels dans la taxonomie théorique (le tableau du savoir) et pratique (le classement des bibliothèques).
Un mot, encore, avant d’entrer in medias res: les processus que nous entreprenons de décrire se déploient selon une chronologie de long terme, ils font partie, comme l’histoire culturelle en général (l’histoire des mentalités) et l’histoire du livre en particulier, de ce que Pierre Chaunu désignait comme l’«histoire du troisième niveau». Dans le même temps, ils se déploient dans une perspective qui est celle de la «république des lettres», même si notre présentation privilégiera de fait le cadre du royaume de France.
Une bonne compréhension de ce qui se passe au XVIIIe siècle suppose donc de remonter suffisamment en amont, jusqu’au tournant du Moyen Âge à l’époque moderne. Parallèlement, la chronologie des phénomènes relevant de l’histoire des cultures et des mentalités –et de l’histoire du livre– est elle-même spécifique, en ce sens qu’ils mettent en jeu des enchaînement très complexes se déployant eux-mêmes sur plusieurs générations: de l’innovation de procédé à l’innovation de produit, à la lente appropriation des nouveaux contenus dans leurs nouveaux dispositifs, et aux changements que cette appropriation elle-même peut induire. Intégrer le changement prend beaucoup de temps: l’invention de la typographie en caractères mobiles date des années 1452-1455, quand ses conséquences ultimes peuvent être datés des années 1620-1630 – le temps, précisément, que Pierre Chaunu qualifiait de «miracle».

Lieu: École pratique des Hautes Études, IVe section, 54 boulevard Raspail, 75005 Paris (premier sous-sol, salle 26). Métro Sèvres-Babylone, ou Saint-Sulpice.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).