samedi 29 octobre 2016

Colloque à Naples sur la "Renaissance méridionale"

L'Istituto Nazionale di Studi sul Rinascimento Meridionale,
in collaborazione con l’Università degli Studi di Bari Aldo Moro – LELIA
e con l’Université de Toulouse Jean Jaurès – Il Laboratorio – BTH,
ha organizzato la giornata di studio
Napoli Europea. Letteratura e circolazione di edizioni e di idee nel Rinascimento
che si terrà il 18 novembre 2016 presso l’Istituto Italiano per gli Studi Filosofici (Palazzo Serra di Cassano – via Monte di Dio 14, Napoli)
con il seguente programma:
 
Ore 10.00 – Saluti
Marco SANTORO
Presidente dell’Istituto Nazionale di Studi sul Rinascimento Meridionale
Benoît TADIÉ
Addetto alla cooperazione universitaria, Institut français – Ambasciata di Francia
Jean-Luc NARDONE
Direttore dell’équipe “Il Laboratorio”, Università di Toulouse Jean Jaurès
Concetta CAVALLINI
Responsabile del Progetto di Ricerca “Produzione e tradizione letteraria in Italia meridionale: riflessi e riprese in Francia e in Europa dall’Umanesimo all’Ottocento”, Università di Bari Aldo Moro 

Ore 10.30 – Presiede: Marco SANTORO (Istituto Nazionale di Studi sul Rinascimento Meridionale – Napoli)
Frédéric BARBIER (École Pratique des Hautes Études - Paris)
À propos des transferts culturels: exemplaires et éditions du royaume de Naples en France, années 1470- 1550
Manuel PEDRAZA (Università di Zaragoza)
Nápoles en la imprenta hispana del siglo XVI

ORE 11.45
Alessandra SQUEO (Università di Bari Aldo Moro)
“Mirabili illusioni”: Circolazione di testi, echi e risonanze da Della Porta a Shakespeare
Marisa BORRACCINI (Università di Macerata)
Mecenatismo e imprenditorialità editoriale nella capitale del Viceregno fra Rinascimento e Barocco

ORE 15,30 – Presiede: Jean-Luc NARDONE (Bibliotheca Tholosana – Toulouse)
VALENTINA SESTINI (Università di Messina)
Itinerari europei ne La Biblioteca Napoletana dei Re d'Aragona di Tammaro De Marinis.
Barbara SASSE (Università di Bari Aldo Moro)
Da Napoli a Wittenberg: Momenti di ricezione dell’Umanesimo meridionale nella cultura di lingua tedesca del Cinquecento. Il caso di Giovanni Pontano
Gennaro TALLINI (Università di Verona)
Le storie di città in Francia e il modello napoletano delle Storie di Napoli: il caso del Del sito et lodi de la città di Napoli co li Re suoi di Giovanni Tarcagnota (1566)
Giovanna DEVINCENZO (Università di Bari Aldo Moro)
Percorsi europei nell’opera di Giulio Cesare Capaccio: Illustrium Mulierum, et Illustrium Litteris Virorum Elogia.
(Communiqué par Marco Santoro) 

mardi 25 octobre 2016

Transferts culturels triangulaires

Nous avons à plusieurs reprises employé ici même le concept de «paysage culturel», à propos de la vallée de la Moselle, de l’Allemagne moyenne ou encore de la côte de la Baltique. Le terme de «culture» est évidemment à prendre dans son acception la plus large, de sorte que de tels «paysages» peuvent avoir une extension très grande, à l’image des réseaux négociants de la Hanse au XVe siècle: de Tallinn / Reval à Danzig, à Lübeck, à Bergen, à Bruges et à Londres, ce ne sont pas seulement des marchandises qui circulent et qui s’échangent, mais aussi des valeurs, des informations, des pratiques de toutes sortes, des hommes, des savoirs, voire des modèles de sensibilité artistique ou encore religieuse. Le voyageur qui, aujourd’hui encore, découvre certaines de ces villes leur trouve comme un certain «air de ressemblance», qu’il s’agisse de la topographie ou de l’architecture, sans oublier le sentiment d’identité, voire d’indépendance. Au cœur de la ville, la place du marché, avec les bâtiments emblématiques de la collectivité urbaine que sont la maison commune, le cas échéant la grande halle de la bourse et l’église principale. 
D’autres géographies doivent aussi être prises en considération. Nous voici, cette fois, entre la péninsule italienne et l’Espagne: la mer Tyrrhénienne est la plus fermée qui s’étend de la côte italienne aux grandes îles de Corse, de Sardaigne et de Sicile, tandis que, au-delà, c’est l’espace de la Méditerranée occidentale, avec les Baléares. 

De la fin du Moyen Âge au XVIe siècle, les solidarités y sont d’abord d’ordre politique: le royaume d’Aragon, à l'origine petit État montagneux des Pyrénées centrales, progresse vers le sud jusqu’à l’Èbre et transporte sa capitale de Jaca à Saragosse. Quelques grandes étapes en feront la puissance majeure de la Méditerranée occidentale: l’intégration du comté de Barcelone (1151), l’implantation au nord des Pyrénées (Roussillon, partie du Languedoc et de la Provence), puis la reconquête des Baléares (1229) et du royaume de Valence (1238), avant l’installation en Sicile à la suite des «Vêpres siciliennes» de 1282, et la prise de la Sardaigne contre Gênes (1329). Enfin, Alphonse le Magnanime s’empare du royaume de Naples, et fait une entrée spectaculaire dans la ville en 1443…
Dans le même temps, la montée en puissance de Rome, où les papes se réinstallent définitivement en 1420 et à laquelle ils cherchent à rendre son statut de capitale du monde chrétien, dynamise encore les échanges: de fait, prélats et clercs espagnols sont bien évidemment en nombre à Rome –un cas emblématique étant celui des Torquemada, dont on sait le rôle dans le transfert de l'imprimerie vers l'Italie. La Ville de Rome fonctionne ainsi comme un pôle de première importance, mais aussi, nous allons le voir, comme une ville étape sur la route du sud.
Arrêterons-nous maintenant sur la première diffusion de la typographie en caractères mobiles, et sur le rôle qu’y a joué l’espace de la Méditerranée occidentale. Les premières presses italiennes apparaissent, comme on sait, dans la décennie 1460: on connaît une société fondée à cet effet à Rome autour de 1465, mais les premiers titres connus qui aient été conservés sont ceux donnés cette même année par Sweynheim et Pannartz à Subiaco. Comme c’est le cas général, les émigrés allemands jouent le rôle de passeurs, notamment, à Rome, avec Ulrich Hahn et son fils, Heinrich. Sixtus Riessinger est un clerc, ancien étudiant de l’université de Fribourg et qui s’est formé à Strasbourg: nous le rencontrons d’abord à Rome, où il est venu en 1465 pour solliciter une charge canoniale, et où il se rapproche de son compatriote Hahn. Il aurait peut-être collaboré à la première édition des Œuvres de saint Jérôme (GW 12420), à moins qu’il ne les ait imprimées lui-même.
Or, Riessinger est le prototypographe de Naples, à partir de 1470/1471, et son matériel provient apparemment de chez Hahn. Dans les années qui suivent, d’autres villes des «Deux-Siciles» accueillent à leur tour des presses, même si le plus souvent de manière temporaire: Messine (± 1474) et Reggio de Calabre (1475), puis Cosenza et Palerme (1478) et enfin, dans la décennie 1480, Gaète et Capoue. Une place à part doit être faite à Cagliari, en 1493. Notons que la typographie hébraïque est particulièrement active en Italie méridionale, surtout à Messine.
D’Italie, les réseaux s’étendent à la péninsule ibérique. Les «compagnons allemands» appelés par la reine Isabelle à Séville en 1490 viennent précisément de Naples: Paul (de Cologne), Johann Pegnitzer (de Nuremberg, † 1501), Magnus Herbst (de Vils ?) et Thomas Glockner. Tous ces techniciens restent souvent des itinérants, et Riessinger lui-même retournera à Rome, avant de rentrer finalement à Strasbourg.
Les transferts d’Allemagne vers ou par l’Italie du Sud et la Méditerranée occidentale ne se limitent pourtant pas à l’espace privilégié de la région rhénane, et nous assistons à la montée très rapide en puissance d’un autre espace géographique, celui de l’Europe centrale, dominé notamment, mais pas uniquement, par la maison de Habsbourg. Les principaux itinéraires alpins débouchent sur Venise ou, par le Brenner et l’Adige, sur Vérone. Un Saxon, Johann Luschner, exerce un temps à Barcelone, de même que son compatriote Heinrich Botel à Saragosse, sans cependant que nous puissions préciser leur itinéraire. De même, nous ne savons pratiquement rien de Johann Adam «de Polonia», un temps typographe à Naples.
Mais, parmi les successeurs de Riessinger à Naples, voici Mathias de Moravie (Moravus), lequel vient d’Olmütz, et a exercé comme scribe dans la région de Trente, avant de s’orienter vers l’art nouveau de la typographie, d’abord à Gênes, puis à Naples. Deux de ses compagnons retiennent encore l’attention en ce qu’ils disposent d’une partie de son matériel quant ils passent la mer et s’installent à leur tour en Espagne. Nous retrouvons en effet Meinard Ungut et Stanislas «le Polonais» (Polonus) à Séville en 1491, avant que Pegnitzer et Ungut ne se transportent ensuite à Grenade tout juste reconquise. Ungut s’est apparemment marié à Naples, et on sait que sa veuve, en épousant Jakob Cromberger, est à l’origine d’une des plus importantes dynasties en Espagne au début du XVIe siècle.
La conjoncture est alors très profondément renouvelée: le rapprochement de l’Aragon et de la Castille, et la fin de la Reconquista, favorisent le glissement du pôle politique principal de l’Espagne vers l’ouest. Dans le même temps, les routes maritimes occidentales sont de longue date en cours d’exploration le long des côtes d’Afrique, mais la découverte de l’Amérique est à l’origine d’un renversement décisif de la géographie commerciale au profit de l’Atlantique. Le nouvel empire espagnol se développera désormais outre-mer. 

NB- Nous avons privilégié ici la construction des «transferts triangulaires», entre l’Europe du nord, l’Italie et la péninsule ibérique. Il ne faut pourtant pas oublier qu’un certain nombre des premiers typographes espagnols vient des pays germanophones par d’autres voies –à l'image de Paul Hurus, qui passe de Constance aux Pays-Bas, avant de travailler en Espagne et de se lancer dans la branche de la librairie.

jeudi 20 octobre 2016

Futurologie dans les années 1950

Avec ses Nouveaux discours du Dr O’Grady, André Maurois referme, chez Grasset en 1950, une aimable trilogie, commencée avec Les Silences du colonel Bramble dans les tranchées d’Artois et de Flandre pendant la Première Guerre mondiale, et poursuivie jusque dans les années d’après-guerre avec le personnage du docteur O’Grady. Le narrateur, Aurelle, se confond avec l’auteur lui-même: il a servi comme interprète auprès des troupes anglaises dans les années 1914-1918, et il s’y est fait un certain nombre d’amis très proches, pour lesquels il nous fait partager sa profonde sympathie. Le jeune docteur O’Grady est un médecin d’origine irlandaise, que nous retrouvons une génération plus tard comme un psychiatre reconnu, dont le cabinet est bien évidemment établi dans la célèbre Harley Street de Londres. Au fil des séjours du docteur à Paris, celui-ci apprécie de se retrouver avec son ami pour discuter confortablement sur les sujets les plus divers. La lecture, toujours agréable, ouvre à l’occasion des perspectives de futurologie qui intéressent aussi l’historien du livre, de l'informatique aux bibliothèques virtuelles et aux big data. Qu’on en juge: 
- Le docteur Vannevar Bush (…) a écrit un article révolutionnaire sur les procédés de travail du surhomme. Celui-ci aura demain à sa disposition des machines à calculer, et même à penser, si complexes, si parfaites, qu’elles le délivreront de tout le côté mécanique des mathématiques et de la logique. Elles seront les «femmes de ménage» du savant; elles résoudront en quelques minutes des équations comportant un nombre d’inconnues tel qu’une équipe humaine y passerait en vain des années. Le surhomme possédera des bibliothèques sur microfilm si réduites que tous les livres publiés depuis qu’il y a des hommes et [qu’ils] écrivent, tiendront (…) dans votre chambre. Le grand Larousse n’y sera pas aussi épais qu’une boîte d’allumettes. Chaque livre microfilmé aura son numéro de code. En formant ce numéro, vous ferez apparaître la page de titre sur un écran placé en face de votre bureau et, si vous désirez retrouver dans le volume un passage ou un renseignement, vous aurez devant vous des changements de vitesse qui vous permettront de faire passer une, dix ou cent pages à la minutes.
- Quelle horreur! (…).
- Ce n’est pas tout (…). Tous ces livres seront reliés entre eux par une machine à association d’idées qui mettra à votre disposition, en quelques secondes, si vous voulez faire, par exemple, une recherche sur le traitement du zona par les médecins tibétains ou sur le rôle de la pédérastie dans la fondation des empires, tout ce qui a jamais été écrit sur ces sujets capitaux (…).
- Êtes-vous sérieux, docteur? Et une telle machine est-elle concevable ?
- Mais naturellement. [Et] il y aura mieux. Le surhomme, quand il circulera dans son laboratoire, aura devant la bouche un (…) micro ambulant auquel il confiera ses observations; celles-ci seront, immédiatement et automatiquement, dactylographiées à distance, des cellules photo-électriques transformant les sons en signes; il aura sur le front un appareil photographique grand comme une olive, qui enregistrera sur des films minuscules ce que verra l’observateur. Ainsi, tout ce qui se dira et se passera dans le monde sera fixé et classé dans des bibliothèques de microfilms.
- De sorte que, docteur, rien ne se perdra plus; que le bienfaisant triage de l’oubli ne s’opérera plus; et que les archives de l’humanité iront s’enflant à un rythme accéléré, jusqu’au point où nul ne pourra plus les consulter utilement… 
Data center journaldugeek)

samedi 15 octobre 2016

Exposition à la Bibliothèque Mazarine

L'exposition
Des livres et des lettres: ouvrages épistolaires entre Italie et France
de la Renaissance à l'âge baroque
a été inaugurée dans le cadre du colloque L'Écriture épistolaire entre Renaissance et âge baroque: pratiques, enjeux, pistes de recherche (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle & Bibliothèque Mazarine, 13-14 octobre 2016).
 
Le genre épistolaire est un phénomène éditorial étroitement lié à la culture de la Renaissance italienne. Comme Montaigne l’avait déjà remarqué («Ce sont grandes imprimeurs de lettres que les Italiens!», Essais, I XL), dès la fin du XVe siècle, de nombreux « livres de lettres » sortirent des ateliers les plus importants de Venise, Rome et Florence. Des épistoliers en latin furent publiés, de Cicéron à saint Jérôme, sans oublier les Familiares de Pétrarque, véritable monument de l’écriture épistolaire de l’humanisme européen.
Toutefois, à côté de ces classiques et de plusieurs manuels d’écriture épistolaire proposés par les imprimeries, de nouveaux enjeux se dessinent autour du genre épistolaire au milieu du XVIe siècle. À partir des Lettres de l’Arétin (1538), le «livre de lettre» devient un objet complexe: rédigé en italien («in lingua volgare»), il est le le lieu où l’homme de lettres expose au public sa propre image et son réseau de connaissances –au prix de quelques corrections par rapport aux textes réellement envoyés. L’évolution de ce genre éditorial, qui touche toute l’Europe, entraîne aussi une diversification formelle: la lettre peut paraître en recueil ou seule, sous la forme d’un «canard» relatant des événements récents, ou comme un document officiel issu des chancelleries d’État, publié avec ou sans l’autorisation des intéressés et dévoilant les coulisses de l’histoire.
L’important fonds de littérature épistolaire de la Bibliothèque Mazarine a été enrichi récemment par la collection de Jeannine Basso (1927-2015), chercheuse en littérature italienne et auteure d’une thèse consacrée aux «Livres de lettres» à la Renaissance (1982). Le résultat le plus connu de ses recherches, Le genre épistolaire en langue italienne, 1538-1662 (Rome, Nancy, 1990), est un ouvrage de référence pour les études italiennes.

Exposition présentée à l’occasion du colloque international L’écriture épistolaire entre Renaissance et âge baroque: pratiques, enjeux, pistes de recherche (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 - Bibliothèque Mazarine, 13-14 octobre 2016).
Plus d'information: http://www.bibliotheque-mazarine.fr/fr/evenements/expositions/liste-des-expositions/des-livres-et-des-lettres-ouvrages-epistolaires-entre-italie-et-france-de-la-renaissance-a-l-age-baroque
(Communiqué par la Bibliothèque Mazarine)

mardi 11 octobre 2016

Calendrier des conférences

École pratique des hautes études
IVe Section (Sciences historiques et philologiques) 

Conférence d’Histoire et civilisation du livre

Calendrier des conférences pour l’année universitaire 2016-2017

Monsieur Frédéric Barbier, directeur d’études, directeur de recherche au CNRS (IHMC/ ENS Ulm)
Madame Marisa Deaecto, professeur à l’université de Sao Paulo, professeur invitée par l’École normale supérieure (Labex TransferS)
Monsieur Jean-Dominique Mellot, conservateur général à la Bibliothèque nationale de France

Attention:
La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des Hautes Études, de 16h à 18h. Elle se déroule au 190 avenue de France, 75013 Paris (1er étage). Les conférences sont tenues par Monsieur Frédéric Barbier, sauf indication contraire.
 
Le présent calendrier est donné à titre indicatif.
7 novembre 2016 À propos des transferts culturels: Naples, la Méditerranée occidentale et le royaume de France, XVe et XVIe siècles (1)
14 novembre Pas de conférence: mission du directeur d’études
21 novembre À propos des transferts culturels: Naples, la Méditerranée occidentale et le royaume de France, XVe et XVIe siècles (2)
28 novembre L’imprimé et la Réforme: retour sur un séminaire et projet pour une commémoration (1)
5 décembre L’imprimé et la Réforme: retour sur un séminaire et projet pour une commémoration (2)
12 décembre L’imprimé et la Réforme: retour sur un séminaire et projet pour une commémoration (3)
19 et 26 décembre Vacances de Noël

2017 (cinquième centenaire de l'affichage par Luther de ses 95 thèses)
9 janvier Nouvelles recherches sur la Nef et des fous (1)
16 janvier Nouvelles recherches sur la Nef et des fous (2)
23 janvier  Les Bibliothèques brésiliennes: une introduction historique,
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo
30 janvier  Les Indiens du Nouveau Monde : récits, fêtes, œuvres d’art (XVIe-XXe siècle),
par Madame Marisa Midori Deaecto, professeur à l’Université de Sao Paulo
6 et 13 février Vacances d’hiver
20 février La foi, le talent, le service: les bibliothèques à l'heure de la confessionnalisation (XVIe-XVIIe siècle), par Monsieur Frédéric Barbier
27 février Une richissime collection de catalogues de libraires et d'éditeurs (XVIe-XXIe siècle), par Monsieur Jean-Dominique Mellot, avec la participation de Madame Marie Galvez
6 mars Les réseaux de la Réforme française (1)
13 mars Les réseaux de la Réforme française (2)
20 mars Les réseaux de la Réforme française (3)
27 mars Pas de conférence: mission du directeur d’études
3 et 10 avril Vacances de Pâques
17 avril Jour férié
24 avril La Réforme et la traduction
1er et 8 mai Jours fériés
15 mai L’imprimé et la Réforme (sujet à préciser)
22 mai La dynastie des Estienne
29 mai Les corporations du livre dans la France d’Ancien Régime (II), par Monsieur Jean-Dominique Mellot
5 juin Jour férié
12 juin Conclusion de la conférence

samedi 8 octobre 2016

Historiographie et mondialisation

Il y a presque un an, la conférence d’Histoire et civilisation du livre de l’École pratique des Hautes Études (année universitaire 2015-2016) s’ouvrait avec plusieurs séances consacrées à l’Espagne de la «légende noire». On ne peut en effet qu’être frappé par le décalage persistant entre le dynamisme et l’innovation qui caractérisent l’Espagne à la fin du Moyen Âge et dans les premières décennies du XVIe siècle, et l’image négative qui lui est le plus souvent attachée: l’Espagne serait de tout temps un espace d’arriération, de réaction et de censure, pour ne rien dire de l’omniprésence de superstitions si souvent dénoncées par les auteurs des Lumières…
Mais alors, que dire de l’essor démographique remarquable qui accompagne le Reconquista, de la conquête du monde par les Ibériques, de la domination politique de l'Espagne sur l'Europe au XVIe siècle, des premiers développements de l'imprimerie dans la péninsule… et des impressionnantes séries d’innovations dans le domaine de la culture écrite et imprimée? Pensons au chantier de la premier Bible polyglotte, celle du cardinal Ximénès, pensons encore à la plus riche bibliothèque de la première moitié du XVIe siècle, celle de Fernand Colomb à Séville, pensons enfin au caractère très novateur de la nouvelle bibliothèque de l’Escurial, première grande bibliothèque occidentale où le système des anciens pupitres est abandonné au profit des armoires et des rayonnages muraux (cf cliché ci-dessous).
L’Espagne, une géographie du déclin, à tout le moins de la «décadence», pour reprendre une problématique chère au très regretté Pierre Chaunu? Une importante conférence tout récemment prononcée par Jean-Marie Le Gall à l’École normale supérieure permet de revenir sur le sujet.
De fait, les historiens éprouvent des difficultés certaines à se déprendre d’un certain nombre de catégories à eux léguées par leurs prédécesseurs, et Jean-Marie Le Gall a raison de dire que le poids de l’historiographie des XIXe et XXe siècle est déterminant dans notre lecture du passé. Notre histoire a été écrite par les représentants des principales puissances du temps, ce qui explique des choix favorables au libéralisme, à la démocratie, et à la Réforme. Le même schéma sous-tend la lecture des chercheurs en sociologie: nous avions été frappés, il y a quelques années, par le fait que la trajectoire des libraires-éditeurs Baillière, personnalités pourtant très profondément catholiques, correspondait point par point au modèle défini par Max Weber pour caractériser son Éthique protestante
Ces remarques n’enlèvent rien à la pertinence des analyses de Max Weber, mais elles invitent à les contextualiser. Elles attirent surtout l'attention sur les effets de ce que nous avons désigné comme «l’impérialisme communicationnel» (cf note infra), autrement dit comme la domination d’un certain discours en fonction, certes, de ses contenus, mais en fonction aussi (surtout?) de l’économie de sa médiatisation.
Un exemple que l’on pourrait dire idéaltypique nous est donné à cet égard par la publication récente d’un ouvrage consacré à l’histoire du livre vue à travers cent livres exemplaires, ouvrage traduit et publié dans un certain nombre de pays –cette diffusion même va à l’appui de la thèse ici présentée. Même si le projet des «cent livres» est banal, il n’en reste pas moins intéressant, ne serait-ce que pour sa dimension pédagogique. Et nous resterons  reconnaissants à ceux qui se proposent d’intégrer les perspectives de la mondialisation à une tradition historique toujours marquée par la prégnance de l’Occident, voire par les horizons nationaux. De même, il est très intéressant de sortir du sempiternel modèle des «chefs d’œuvre» de l’édition (d’Alde Manuce à Bodoni, et à d’autres), pour réintroduire des données sur les géographies de l'Afrique (l'Éthiopie, etc.), entre autres (encore cela supposerait-il de disposer de connaissances assez particulières en vue de commenter et de mettre en perspective ce type de documents…).
La mondialisation en livres: la mappemonde de Waldseemüller, en 1507, est le premier document sur lequel apparaisse le mot America pour désigner le Nouveau Monde. Le document (douze feuilles xylographiées) donne une vision novatrice de la configuration du globe, avec la présence de deux océans entre l'Europe, l'Amérique et l'Asie. Les distorsions que l'on observe dans les représentations géographiques témoignent des écarts entre les niveaux des connaissances relatives à chaque région.
Mais nous regrettons la perspective fondamentalement anglo-saxonne qui est  celle de l’ouvrage, et l’ignorance  d’un certain nombre de réalités de l’histoire européenne –donc de l’histoire du livre. Donnons quelques exemples: le livre occidental moderne n’a pas (même implicitement) sa source en Extrême-Orient (l’idée relève, au mieux, d’une simplification abusive, et au pire, d’un contresens scientifique); les premiers typographes anglais, à commencer par Caxton, n’ont qu’un rôle très marginal dans l’économie globale du livre, et le fait reste d'actualité jusque dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Pour en revenir à l’Espagne, on imprime à Mexico dans la décennie 1530 et à Lima en 1584, quand la première presse n’est débarquée à Cambridge (Mass.) qu’en 1638 –soit un retard de plus d’un siècle, et cela d'abord pour des publications à caractère religieux. Nous pourrions multiplier les exemples a contrario, l'un des plus frappants étant l'absence quasi-totale de toute référence à la Réforme luthérienne, quand bien même le rôle de celle-ci dans l'économie du média est souligné de toutes parts.
Il est paradoxal de voir un livre pétri de bonnes intentions aboutir pourtant à renforcer des logiques de domination –pour ne rien dire des concessions à la mode, lesquelles supposeraient que nous leur consacrions un billet en propre. Nous tombons dans une certaine forme de partialité probablement née moins de l’ignorance que du poids des médias dominants et du politiquement correct. Si nous sommes aujourd’hui immergés dans un environnement mondialisé, la compréhension de cet environnement supposerait d'autant plus de prendre un certain nombre de précautions liminaires avant que de prétendre donner à son propos un quelconque travail de synthèse.

Roderick Cave, Sara Ayad, A History of the book in 100 books. Mankind’s 5000 years thirst for knowledge, London, Quarto Inc., 2014. 
Frédéric Barbier, «L'impérialisme communicationnel: le commerce culturel des nations autour de la Méditerranée aux époques moderne et comtemporaine», postface de Des moulins à papier aux bibliothèques. Le livre dans la France méridionale et dans l'Europe méditerranéenne, Montpellier, Univ. de Montpellier III, 2003, 2 vol., ici t. II, p. 675-704.

mardi 4 octobre 2016

Les fondateurs des bibliothèques nationales

La publication récente d’un «beau livre» consacré aux collectionneurs et bibliophiles dont les livres constituent l’essentiel du fonds ancien de la Bibliothèque nationale de Hongrie nous amène à revenir aujourd’hui sur la question de la fondation des grandes bibliothèques nationales aux XVIIIe et XIXe siècle. Il s’agit de:
Collectors and collections. The treasures of the collections in the National Széchényi Library and the histories of the collections, éd. Lászlo Boka, Lidia Wendelin Ferenczy,
Budapest, Orszagos Széchényi Könyvtar, Kossuth Kiado, 2016
(ISBN: 9-789632-006567).
La signification politique de ce que devra être, ou non, un musée ou une bibliothèque s’articule avec la question de savoir à qui sera dévolu le rôle d’initiateur ou de mécène et de responsable. Le prince est d’autant plus attentif à s’approprier ce rôle que lui-même représente le cas échéant une dynastie nouvelle, à l’image d’un certain nombre de dynasties italiennes de la Renaissance, des Valois-Angoulême en France, et de plusieurs autres. En mettant l’accent sur le «capital culturel», chacun est attentif à légitimer une ascension politique encore récente, et peut-être fragile.
Dans d’autres systèmes pourtant, la concentration du pouvoir est moins sensible, et d’autres intermédiaires peuvent intervenir. Le modèle fondateur est ici celui de Londres où, à la fin du XVIIe siècle, l’avènement de Guillaume d’Orange et la concession du Bill of Rights (1689) consacrent un régime dans lequel le pouvoir est aux mains du Parlement (les Lords et les Communes), de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie. Ce sont des représentants de ces différentes catégories sociales, et non pas une cour royale ou princière désormais en retrait, qui prennent en charge la fonction de «passeurs culturels»: les membres de la gentry entretiennent de très riches bibliothèques, des sociétés académiques sont fondées à Londres à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, jusqu’à ce que, en 1753, le Parlement accepte le legs de Hans Sloane, docteur en médecine, mais surtout président de la Royal Society, collectionneur et bibliophile. C’est la fondation du British Museum, dont la «Bibliothèque» constitue un département. Lorsque le roi George II lui cède une partie des collections royales, la Bibliothèque du British Museum devient bénéficiaire du Copyright concédé depuis 1709 à la Royal Library.
C’est ce modèle qui, de manière significative, est reproduit dans une partie de la géographie de l’Allemagne et de l’Europe centrale, alors même que le sentiment d’appartenance nationale tend à se développer mais que, dans des sociétés d’Ancien Régime, l’initiative reste en principe aux mains de la cour. Le fait qu’il n’existe pas de cour royale en Hongrie (puisque l’empereur de Vienne est roi de Hongrie) ne peut pas être sous-estimé, alors que les grands aristocrates hongrois constituent au cours du XVIIIe siècle des collections de livres de plus en plus importantes: ainsi des Batthyány, des Esterházy, des Festetich, des Illésházy, des Jankovich, des Nádasdy ou encore des Ráday et des Reviczki, pour reprendre une liste proposée par István Monok (1). C’est un de leurs représentants, le comte Ferenc Széchényi, qui, en 1802, demande l’autorisation, par le biais de la chancellerie hongroise de Vienne, de transmettre à la collectivité ses collections, surtout des livres et des documents graphiques, mais aussi d’autres objets (des médailles, et des échantillons de minéralogie). Le comte voulait constituer une collection de Hungarica, augmentée d’un fonds de titres récents permettant de mettre à la disposition de tous les titres les plus importants et les plus récents publiés en «Europe».
Le projet, favorablement reçu à Vienne, se concrétise avec la fondation de la Bibliotheca Hungarica Széchényiano-Regnicolaris (26 novembre 1802) et son installation à Budapest, d’abord dans des locaux occupés par un séminaire. Bientôt, la Bibliothèque sera constitutive d’un département du nouveau Musée national, et elle ne prendra son autonomie en tant que Bibliothèque nationale que bien plus tard. Parallèlement, l’Académie des sciences est fondée, toujours par un groupe de magnats, en 1825.
À Londres, les «passeurs» concentrent l’essentiel des pouvoirs, mais il n’en va pas de même à Budapest: il s’agit pour eux de cultiver un capital de distinction qui leur permette de contrebalancer l’absence du capital politique symbolique, lequel est concentré à Vienne. Et c’est ce processus dont l’ouvrage que nous signalons ici présente notamment les origines et les premiers développements.

(1) István Monok, « Le projet de Ferenc Széchényi et la fondation de la Bibliothèque nationale hongroise », dans Les Bibliothèques centrales et la construction des identités collectives, éd. Frédéric Barbier, István Monok, Leipzig, Leipziger Universitätsverlag, 2005, p. 87-100 («L’Europe en réseaux. Contributions à l’histoire de la culture écrite 1650-1918», III).
(2) Le cas de l’espace germanique est particulier, où les petites cours ont parfois un rôle décisif (on pense à Weimar), mais où interviennent aussi les professionnels de la librairie, libraires et éditeurs au premier rang.