mardi 30 décembre 2014

Là-bas... Les merveilleux nuages

La richesse des informations de toutes sortes disponibles sur Internet s’accroît tous les jours, au point que les problèmes de logistique (maîtriser les masses de données de manière à pouvoir les utiliser judicieusement) deviennent réellement stratégiques. L’économie d’un blog comme celui-ci est originale, puisqu’il s’agit de publier soit des billets d’information (annonçant une nouvelle publication, un séminaire, un colloque, etc.), soit des billets plus généraux, traitant, dans un format réduit (en général moins de 5000 signes) mais souvent avec une ou plusieurs illustrations, de tel ou tel sujet au choix. Il y a, dans cette économie de l’écriture, quelque chose qui fait penser à la tactique de la cavalerie légère: on se porte rapidement sur un point, avant de se replier et de se porter sur un autre. Liberté et rapidité en sont les deux caractéristiques principales.
L’inconvénient est connu: il n’y a pas de suivi dans les thématiques de publication, de sorte que le lecteur ne peut pas savoir si tel ou tel sujet susceptible de l’intéresser a été ou non abordé par le blog. Les anciens «libellés» que nous utilisions étaient trop généraux pour servir pratiquement à quelque chose, tandis que la fonction «Recherche» (disponible dans la colonne de droite) ne répond pas pleinement à cette problématique. C'est pourquoi nous avons entrepris de mettre en place un nouvel outil, sous la forme d’un «nuage de tags».
Puisque les nuages et autres cloud sont à la mode... quelques nuages estivaux dans la campagne de Touraine
Le vocabulaire des informaticiens est relativement imprécis: dans la pratique, le tag (qui désigne en principe un graffiti servant de signature) correspond ici à une étiquette, ou mieux, à ce que nous appellerions un «mot matières». Il s’agira donc pour nous d’affecter au contenu de chaque billet un ou plusieurs descriptifs (désignés comme des «libellés» dans le logiciel utilisé) susceptibles de le décrire. Le classement des tags par ordre alphabétique (en réalité, plus ou moins alphabétique) aboutit à fournir une sorte d'index des matières, dans lequel le module de chaque terme augmente en fonction de sa fréquence de citation. En définitive, une procédure très efficace, mais qui nécessite bien évidemment de balayer l’ensemble des billets pour affecter à chacun les tags correspondants, et qui suppose, pour l’administrateur du blog, de prendre un certain nombre de précautions.
La question, classique en bibliothéconomie, est celle du thesaurus: comment choisir les descriptifs de la manière la plus cohérente et la plus efficace? Certaines remarques sont de bon sens: il est inutile que les descriptifs soient trop nombreux, de manière à ce que le nuage reste d’utilisation assez facile; inversement, il ne faut pas se limiter à un nombre trop réduit, sauf à ne rien décrire qui soit pratiquement utilisable. L'intérêt du procédé est de ne pas se limiter au lexique utilisé dans les textes du blog: on peut notamment inclure certains intitulés généraux, qui permettent, peut-être, de regrouper plusieurs textes disjoints mais abordant des problématiques ou des sujets analogues (par ex. «Anthropologie»).
Nous revendiquons la subjectivité de nos choix, qui correspond à une forme de liberté, mais qui ne va pas sans inconvénients: tel descriptif pourrait s’appliquer aussi à un texte auquel il n’est pas attribué, etc. (les choses peuvent se corriger selon qu’on les repère). C’est par souci de la cohérence que nous avons fait entrer dans le thesaurus (alias le nuage) des descriptifs que l’on trouverait aussi bien par la fonction «Recherche» (par ex.: «Strasbourg»): le «nuage» ne renvoie pas à toutes les occurrences du mot «Strasbourg» dans tous les textes, mais seulement aux textes dans lesquels «Strasbourg» apparaît comme le ou l’un des sujets principaux.
Le procédé lui-même pourrait être amélioré: par ex., il est apparemment impossible de poser des questions associant plusieurs tags, comme «bibliothèque» et «XVIIIe siècle»;  de même, on ne peut pas insérer de renvois d’une vedette à l’autre (par ex. de «Renaissance» à «XVe siècle»); ou encore : les lettres accentués (éditeurs) sont rejetées par le classement alphabétique. Pourtant, tel qu’il est aujourd’hui disponible, le nuage constitue à nos yeux un précieux outil permettant de mieux maîtriser une information par nature très dispersée (rien n’empêche d’ailleurs de l’utiliser parallèlement à la fonction classique «Rechercher dans ce blog»).

NB- Nous procédons par rétroconversion (selon la bonne pratique bibliothéconomique!). À ce jour (12 janv. 2015), le nuage concerne les billets publiés depuis le 1er janvier 2011.

samedi 27 décembre 2014

Gutenberg et Lamartine

La «Bibliothèque des chemins de fer» est la collection emblématique par laquelle est entériné, en France, le rôle nouveau de l’éditeur en tant qu’acteur central du champ littéraire à l’époque de l’industrialisation de la «librairie». Son projet est élaboré par Louis Hachette, sur le modèle anglais, à la suite de sa visite à l’exposition de Londres de 1851: il s’agit de produire des volumes standardisés, tirés à 3000 exemplaires, tous à un prix modéré (de 0,50f. à 2,50f.), et qui soient aisément reconnaissables grâce à la couverture homogène de chaque série (rouge pour les «Guides», etc., et verte pour la série «Histoire et voyages»). Leur format doit en faire la lecture privilégiée des nouveaux voyageurs et autres «touristes». Hachette travaille sur la base de contrats d’exclusivité signés avec les compagnies ferroviaires: les premiers sont passés en 1852 avec la Compagnie du Nord, les autres suivent progressivement avec les autres compagnies.
Mais Hachette institue aussi, avec sa «Bibliothèque», le principe selon lequel l’éditeur est le donneur d’ordres: c’est lui qui passe commande à l’auteur, dont il encadre l’écriture dans un format préétabli (nombre de pages, etc.). À la même époque, Lamartine (1790-1869) se trouve précisément confronté à de difficiles problèmes d’argent: Hachette, qui vient de lancer sa «Bibliothèque», est attentif à se constituer un fonds de titres, et souhaite s’attacher une figure très connue sur le plan littéraire. Il offre 6000f. à Lamartine pour plusieurs titres à intégrer dans la nouvelle collection –parmi les autres titres achetés, celui d’un Christophe Colomb, le second grand « découvreur » du XVe siècle. Avec sa «Bibliothèque», Hachette réoriente en profondeur sa maison qui, de spécialisée dans l’édition scolaire, s’imposera désormais aussi en tant que maison «littéraire».
Le texte du Gutenberg a déjà été publié dans Le Civilisateur, publication lancée par Lamartine l’année précédente: le projet d’une Histoire de l’humanité par les grands hommes vise un objectif d’éducation populaire, et sa première année présente les figures de Jeanne d’Arc, Homère, Bernard Palissy, Christophe Colomb et Gutenberg. Quant au texte lui-même, il n’a aucune valeur historique, mais reprend, sur un mode lyrique, une manière d’histoire des idées (la parole, l’écriture, etc.) aboutissant à l’entrée en scène du héros –ce que signale d’ailleurs la critique de la Bibliothèque universelle de Genève (t. XXV, 1854, p. 283-284: «M. de Lamartine nous est apparu plutôt en poète qu’en historien»). Pour Lamartine, Gutenberg a découvert à Harlem la technique de l’imprimerie xylographique, dont il s’inspire pour son invention faite à Strasbourg. Sa figure est celle d’un prophète, qui non seulement met au point l’imprimerie, mais en connaît immédiatement toutes les conséquences:
Dans son sommeil troublé et imparfait il eut un rêve. Ce rêve, il le raconta lui-même ensuite à ses amis. Ce rêve était si prophétique et si près de la vérité, qu’on peut douter, en le lisant, si ce n’était pas autant le pressentiment réfléchi d’un sage éveillé que le songe fiévreux d’un artisan endormi.
Voici le récit ou la légende de ce rêve, telle qu’elle est conservée dans la bibliothèque du conseiller aulique Beck:
Dans une cellule du cloître d’Arbogaste, un homme au front pâle, à la barbe longue, au regard fixe, se tenait devant une table, la tête dans sa main ; cet homme s’appelait Jean Gutenberg. Parfois il levait la tête, et ses yeux brillaient comme illuminés d’une clarté intérieure. Dans ces instants, Jean passait ses doigts dans sa barbe, avec un mouvement rapide de joie. C’est que l’ermite de la cellule cherchait un problème dont il entrevoyait la solution. Soudain Gutenberg se lève, et un cri sort de sa poitrine: c’était comme le soulagement d’une pensée longtemps comprimée.
Comme pour Claude Frollo dans Notre Dame de Paris, Gutenberg prend chez Lamartine la figure romantique du docteur Faust. 

Alphonse de Lamartine, Gutenberg inventeur de l’imprimerie, par A. de Lamartine (1400-1469),
Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, rue Pierre Sarrasin, n° 14, 1853,
[4-]49 p., [3] p. bl., in-16 (Imprimerie de Ch. Lahure (ancienne maison Crapelet), rue de Vaugirard, 9, près de l’Odéon).
(«Bibliothèque des chemins de fer. Deuxième série : Histoire et voyages»).
Vicaire, IV, col. 1017.

jeudi 18 décembre 2014

L' "Esquisse" de Condorcet

L’Esquisse de Condorcet (1743-1794) est un texte dont la rédaction et la publication sont étroitement liées à la fois à l’histoire des idées, mais aussi à l’histoire politique générale et à la biographie même de l’auteur. Né en Picardie (Ribémont, auj. dép. de l’Aisne) en 1743, ancien élève des jésuites de Reims et de Paris, le marquis de Condorcet est d’abord un mathématicien, reçu à l’Académie des Sciences en 1769, puis à l’Académie française en 1782. C’est lui qui, à ce titre, recevra son cadet le comte de Choiseul-Gouffier. Considéré comme le chef du parti des « Philosophes » et partisan affirmé de réformes libérales, Condorcet est élu député de Paris à l’Assemblée Législative en septembre 1791. Il devient membre du Comité d’Instruction publique (28 octobre 1791), et préside l’Assemblée en 1792. La discussion sur le projet présenté les 20 et 21 avril 1792 par le Comité pour réorganiser le département de l’instruction est cependant ajournée.

À nouveau élu à la Convention, Condorcet s’impose comme l’une des figures du parti girondin. Membre du Comité de Constitution, il est le rapporteur du projet présenté le 15 février 1793: mais, début juin, vingt-neuf représentants des Girondins sont arrêtés, et un projet différent de Constitution est adopté par l’Assemblée le 24. Condorcet, qui a publié une adresse Aux citoyens français sur le projet de nouvelle Constitution, est décrété d’arrestation (8 juillet). Après avoir refusé de se réfugier chez son ami le ministre de l’Intérieur Joseph Garat, il se cache plusieurs mois durant à Paris, chez la veuve du peintre Joseph Vernet, rue des Fossoyeurs (actuelle rue Servandoni). Alors que l’habitation de Madame Vernet doit être perquisitionnée, Condorcet réussit à sortir de la capitale. Il cherche vainement de l’aide auprès de Suard à Fontenay-aux-Roses (5 germinal an II, 25 mars 1794), mais il est arrêté à Clamart (Clamart-le Vignoble) et incarcéré à Bourg-Égalité (Bourg-la-Reine) le 27 mars. Il meurt le lendemain, selon toute probabilité par suicide.
Le texte de l’Esquisse a été préparé par Condorcet pendant sa fuite, et il est considéré comme «un testament des Lumières» (Pierre Crépel): le philosophe caressait de longue date le projet d’une histoire de la pensée, mais ce dernier n’aboutit à un texte fini qu’après une vingtaine d’années de travaux et de réflexions. Le problème du média, l’imprimerie, y tient une place centrale, puisque le premier essai de Condorcet dans cette direction traitait précisément de ce sujet (1772). Le plan finalement adopté sera chronologique, avec neuf époques historiques, le dixième chapitre étant consacré aux «progrès futurs de l’esprit humain».
L’invention de l’imprimerie marque la transition de la septième à la huitième époque, et Condorcet explique qu’elle a eu pour conséquence première la diffusion des Lumières : L’imprimerie multiplie indéfiniment et à peu de frais les exemplaires d’un même ouvrage. (…) Ces copies multipliées se répandant avec une rapidité plus grande, non seulement les faits, les découvertes, acquièrent une publicité plus étendue, mais elles l’acquièrent avec une plus grande promptitude. Les lumières sont devenues l’objet d’un commerce actif, universel (p. 186).
Le second argument est d’ordre politique, et s’appuie sur l’universalité de la raison : grâce à l’imprimerie en effet,
il s’est formé une opinion publique, puissante par le nombre de ceux qui la partagent, énergique, parce que les motifs qui la déterminent agissent à la fois sur tous les esprits, même à des distances très éloignées. Ainsi l’on a vu s’élever, en faveur de la raison et de la justice, un tribunal indépendant de toute puissance humaine, auquel il est difficile de rien cacher et impossible de se soustraire (p. 187).
Robespierre tombe le 9 thermidor an II (27 juillet 1794). La veuve de Condorcet, Sophie de Grouchy († 1822), aidée, peut-être, par Pierre Claude François Daunou, prépare alors l’édition posthume de l’Esquisse qui doit apparaître comme le testament du «philosophe infortuné»: nous sommes face à une opération concertée de publicistique qui vise, au lendemain de la chute des Montagnards, à ramener le groupe des Idéologues à la tête des affaires.
Une première édition sort à Paris à l’adresse de Agasse (le gendre de Panckoucke): elle est annoncée dans le Mercure français du 25 mars 1795. Une semaine plus tard, le 13 germinal (2 avril), Daunou propose à la Convention de souscrire pour 3000 exemplaires (Condorcet, 2004, p. 1125 et suiv.) que l’on distribuera aux administrations des départements et des districts. Le délai est suffisamment bref pour que les formes typographiques aient très probablement pu être conservées: la seconde édition, pour laquelle une page de titre différente est préparée (avec la mention «SECONDE EDITION»), sort le 27 thermidor (14 août 1795), toujours à l’adresse de Agasse. Elle contient le «portrait de l’auteur, pour les lecteurs qui le désiraient» (Condorcet, 2004, p. 48, note 104).
Laissons de côté les solidarités familiales ou simplement amicales qui parcourent la petite société des Idéologues à partir de 1795 (le neveu de Garat, Mailla-Garat, sera l’ami de Sophie de Condorcet, tandis que la sœur de celle-ci a épousé Cabanis, etc.), et terminons en soulignant que nous devinons toujours, en arrière-plan, la force du discret réseau des Panckoucke: Garat a commencé sa carrière parisienne dans la presse de Panckoucke; Agasse, gendre de ce dernier, est par ce biais le neveu par alliance de Suard; et c’est à Fleury Panckoucke que Boiste cédera son brevet d’imprimeur, en 1812, pour se consacrer à la lexicographie.

Condorcet, Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de –, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain. Ouvrage posthume de Condorcet, [éd. Sophie de Condorcet, P. C. F. Daunou?], À Paris, chez Agasse, rue des Poitevins, n° 18, l’an III de la République une et indivisible [1795], VIII-389 p., 8° (de l’imprimerie de Boiste, rue Hautefeuille, n° 21). La notice de la BnF datant cette édition de 1794 est erronée.
Condorcet, Tableau historique des progrès de l’esprit humain. Projets, esquisse, fragments et notes (1772-1794), éd. Jean-Pierre Schandeler, Pierre Crépel [et al.], Paris, INED, 2004 (sur l’histoire des éditions, p. 45 et suiv.).
CR de Ginguené, dans la Décade philosophique, n° 41, 20 prairial an III (26 mai 1795), p. 475-488.
Printing and the Mind of Man, 246. En français dans le texte, 196.

samedi 13 décembre 2014

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 15 décembre 2014
16h-18h

Une histoire du livre et de la librairie à Paris (3):
l'Ancien Régime (1)
par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études


Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage, salle 115). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux.
Accès les plus proches (250 m. à pied)
Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare.
Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).

mercredi 10 décembre 2014

En 2014, un catalogue de libraire

La trajectoire des livres et des textes change d’une époque à l’autre: tel texte en langue vernaculaire, par exemple un roman (le Tristan) ou encore le Calendrier des bergers, les contes de fées, etc., s’adresse d’abord, aux XVe et XVIe siècles, à la clientèle distinguée de la cour et des grands; mais la modernité se déplace et, au XVIIe siècle, notre texte intégrera les collections dites «populaires» qui sont celles de la Bibliothèque bleue. À partir de la fin du XVIIIe siècle, les curiosités se déplacent à nouveau, et le voici qui devient susceptible d’intéresser un lectorat plus recherché, voire, parfois, d’intégrer la problématique d’élaboration de la «littérature nationale» et faire l’objet d’études philologiques, codicologiques et autres plus ou moins poussées.
Pourquoi cet exorde? Parce que ce que nous disons des textes littéraires concerne aussi d’autres domaines, dont celui, bien plus spécialisé, des catalogues et autres instruments du travail bibliographique. Une bibliographie courante (les catalogues des foires de Francfort, qui sont assimilables à des recensements des livres disponibles), un catalogue de libraire (les différents catalogues de Debure au XVIIIe siècle), un catalogue de ventes aux enchères, intègrent parfois presque dès leur parution le corpus des usuels bibliographiques de références dans les collections privées et publiques. Il en va de même avec un catalogue de bibliothèque, à commencer par celui de la Bodléienne en 1605, dont l’objectif est, a priori, de fournir l’information sur les ouvrages disponibles dans le fonds, mais  servira aussi à fixer à travers toute l'Europe savante le corpus canonique d’une bibliothèque savante.
Une enseigne, proche de Saint-Germain-des-Prés
Le dernier catalogue de la Librairie Paul Jammes, à Paris (n° 291, automne 2014) répond pleinement à ce modèle: sous le titres Les Livres, il nous propose 328 notices savantes décrivant un corpus à la fois exemplaire (de Gesner (n° 314) au Code de la librairie de 1744 (n° 283 et 284), etc.) et par essence éphémère –puisque le propre de cette collection sera d’être dispersée au plus vite. Le catalogue est divisé en neuf sections thématiques (de l’écriture… à la censure, à la suppression et à la destruction des livres), munies d’un index nominum destiné à faciliter identification et localisation. S’il est inutile de préciser que les notices se signalent par leur caractère de précision érudite, il convient pourtant de signaler que notre fascicule est introduit par une note («Primauté du livre») dans laquelle André Jammes lui-même insiste sur l’indispensable complémentarité entre les médias numériques, extraordinaire outil de travail, et le recours à l’exemplaire imprimé lui-même.
Nul doute que ce catalogue ne soit conservé par les amateurs, bibliophiles, bibliographes et bibliothécaires au titre d’instrument de travail, et ne rejoigne sur leurs rayonnages la série des catalogues antérieurs de la même librairie, dont nous retrouvons d’ailleurs certains ici-même (cf n° 308). Lorsqu’Henri-Jean Martin évoquait, devant de jeunes élèves quelque peu interloqués, les grandes figures de «libraires érudits» des XVIIIe et XIXe siècles (un Debure, un Née La Rochelle, et bien d’autres, sans oublier le «Père France»), il n’ajoutait pas, par discrétion sans doute, que cet idéaltype du grand connaisseur à la fois savant et obligeant se rencontrait toujours aujourd’hui, même si peut-être plus rarement.
Il n'est pas inutile de répéter certaines choses: alors même qu'une partie croissante du commerce du livre tend à se faire par la voie électronique, la publication de catalogues imprimés reste, s'agissant de livres anciens, le moyen idéal d'identifier tel ou tel titre, et de s'instruire. Rappelons en outre les travaux proprement scientifiques du même André Jammes, depuis l'étude sur le caractère Grandjean d’abord publiée en 1961 jusqu’au catalogue exemplaire de l’exposition Didot de 1998, au travail sur le «dossier Libri» et à la monographie récente (2012) consacrée à L’Imprimerie polytype (Paris, Éditions des Cendres, 67 p., ill.).

samedi 6 décembre 2014

Conférence d'histoire du livre

École pratique des hautes études,
IVe section
Conférence d'histoire et civilisation du livre

Lundi 8 décembre 2014
16h-18h

"Une histoire du livre et de la librairie à Paris (2) :
les XIVe-XVIe siècles"

par
Monsieur Frédéric Barbier,
directeur d'études

A l'Hôtel de Saint-Pol, Pierre Salmon remet au roi un exemplaire de son livre des Dialogues (1409) (BnF, fr 23279)

Nota: La conférence régulière d'Histoire et civilisation du livre a lieu tous les lundis à l'École pratique des hautes études, de 16h à 18h. (190 avenue de France, 75013 Paris, 1er étage, salle 115). Le secrétariat de la IVe Section se situe dans les mêmes locaux.
Accès les plus proches (250 m. à pied)
Métro: ligne 6 (Nation-Pte Dauphine), station Quai de la Gare.
Bus 89, arrêt Quai de la Gare (cette ligne dessert notamment la Gare Montparnasse, puis elle passe rue de Rennes et place du Luxembourg).
Accès un petit peu plus éloignés: Métro: ligne 14, station Bibliothèque François Mitterrand. RER ligne C, station Bibliothèque François Mitterrand. Bus: 62 et 64 (arrêt Bibliothèque François Mitterrand Avenue de France) et 64.

Calendrier des conférences (attention: les sujets à jour des conférences et les éventuelles modifications sont régulièrement annoncés sur le blog. N'oubliez pas, comme disent les informaticiens, de «rafraîchir» la page du calendrier quand vous la consultez).