mardi 24 avril 2012

Une bibliothèque "publique" au XVIIe siècle

Créée dans les dernières décennies du XVIe siècle, la bibliothèque de la nouvelle université de Leyde n’est accessible qu’aux professeurs, et dans une bien moindre mesure aux étudiants. C’est pour pallier à ce qu’il estime être une disponibilité insuffisante que Johannes Thysius (Jan Thijs, 1622-1653) fonde dans la ville une bibliothèque destinée à servir le «bien commun».
Nous sommes dans un milieu de négociants huguenots repliés d’Anvers à Amsterdam à la suite des crises religieuses: la fortune des Thijs est notamment investie dans la Compagnie des Indes orientales. Très tôt orphelin, le jeune Jan est accueilli en 1634 à Leyde par son grand-oncle, Constantin Lempereur, professeur de langues orientales à l’université. Il étudiera les lettres et le droit, avant de partir pour son «grand tour» (visitant notamment l’Angleterre et la France), et de passer, à son retour, son doctorat en droit.
Mais Thijs n’exercera jamais, préférant se livrer à ses activités favorites, l’étude et la collection de livres –collection à laquelle il consacre l’essentiel de ses revenus. Il décède de manière très prématurée, alors qu’il a à peine une trentaine d’années: par testament, il consacre sa fortune à fonder une bibliothèque publique à Leyde et, en quelques années à peine, la nouvelle institution peut effectivement ouvrir (1657). Il est possible que Thijs ait trouvé son modèle en visitant la bibliothèque bodléienne d’Oxford.
Un premier point remarquable doit être souligné: Thijs a prévu de faire élever un bâtiment autonome destiné à abriter la bibliothèque, et ce bâtiment constitue l’un des premiers exemples de ce type de construction en Europe (les bibliothèques nouvelles sont généralement établies dans des bâtiments anciens, et non spécifiques, comme des maisons religieuses, écoles et collèges, etc.). Proche de l’université, sur l’élégant canal du Rappenburg, la Bibliotheca Thysiana est une belle construction sur un étage et les combles (cliché 1). Le rez-de-chaussée est réservé au logement du bibliothécaire, qui dispose de deux pièces chauffées (le mobilier est pratiquement conservé aujourd’hui). Une double volée de marches conduit du hall d’entrée à l’étage, entièrement occupé par la salle de la bibliothèque (cliché 2). Le coût total de la construction s’élève à 14500 florins, ce qui constitue une somme importante, à laquelle s'ajoute la fondation destinée à financer le fonctionnement de la nouvelle structure.
La salle de la bibliothèque est éclairée par des croisées sur la façade et sur le côté (au nord et à l’ouest), et elle est comme tapissée par des rayonnages muraux sur sept niveaux. Comme ce sera le cas à l’université de Leyde au moins à partir de 1691, les volumes sont protégés par une balustrade, de sorte que le lecteur doit nécessairement s’adresser au bibliothécaire pour y avoir accès.
Le mobilier contemporain comprend, outre un placard central destiné à abriter les archives familiales, une table de consultation et un superbe meuble de bibliothèque tournante (cliché 3) –sans oublier un meuble destiné à accueillir un Atlas complet de Blaeu, et un petit portrait du fondateur. La décoration peinte se borne aux armoiries de ce dernier. Si le fonds a fait l’objet de plusieurs catalogues imprimés classés systématiquement et sous-classés par formats, il ne semble pas que les volumes aient jamais été classés de manière systématique. Les registres de prêts n’ont pas été conservés, ce qui interdit de préciser le niveau d’utilisation d’une institution en tout état de cause exceptionnelle, et qui nous est parvenue pratiquement dans son état d’origine.



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